jeudi 13 octobre 2016

On croit à quoi quand on est de droite en 2016 ?

Aujourd'hui pour être de droite, il faut être capable de gober des conneries d'un autre âge.

Il faut croire en l'autorité de l'Etat pour sauver l'Ecole et renouer avec la sécurité ! Voilà le remède ! C'est une blague ? Non, il ne semble pas, chaque prétendant a justifié ainsi sa candidature.

Il faut croire en l'Homme providentiel, dont le charisme et l'autorité extraordinaires doivent faire oublier les écarts à la loi.

Il faut croire à la théorie du ruissellement ! Non l'argent des riches n'est pas réinvesti pour faire tourner l'économie et ruisseler jusqu'aux plus pauvres. Tout le monde le sait, il suffit de regarder le creusement des inégalités depuis l'avènement des politiques néolibérales dans les années 1980. Tout le monde,  sauf les gens de droite.

Il faut croire aux bénéfices de l'austérité, à la réduction de la dépense publique pour relancer l'économie. Cela ne marche pas, demandez aux Belges, aux Grecs ou au FMI !

Il faut croire à l'idéologie de la croissance et au productivisme : nous pouvons tous travailler, même 39h payées 37h ? Mais pour quoi faire ? Pour quels services ? Pour produire quels produits ? Les vendre à qui ? Pour utiliser quelles ressources limitées, très limitées face au défi climatique ?
Lire P. Larrouturou, "Il faut tirer un trait sur la croissance"

Il faut croire à l'idéologie du travail et de l'entreprise comme lieu d'épanouissement ! En 2016, à l'heure du surmenage professionnel et des bullshit jobs, comment dire ?!

Il faut croire et avoir peur de la fuite des cerveaux !

Il faut taper sur les fonctionnaires. Les professeurs des écoles, les infirmières, ces privilégiés qui sapent notre économie.

Il faut confondre la pauvreté et l'assistanat !


Il n'a été question que de ces thèmes lors la première partie du débat de la primaire de la droite. 

Il faut par contre ne rien connaître à la politique fiscale. Absolument rien ! Il ne faut pas parler du réchauffement climatique, il ne faut pas remettre en cause les règles européennes, la financiarisation de l'économie, la distribution de la richesse ou le libre échange.

Cette déconnection de la réalité est hallucinante. Réveillez-vous, ils me font peur !

L'idée de regarder la deuxième partie sur l'identité m'était insupportable. Il y avait des gens pour regarder cela ?


NB: Une partie de la droite n'a pas participé à cette primaire et ne partage pas ces idées (UPR, DR...)


Bilan Carbone

Lançons un appel à projet pour réaliser le bilan carbone des primaires de la droite.
Promener chaque jour, partout en France, des fossiles diffusant des idées du XXe siècle face aux problèmes du XXIe - baisses d’impôts face aux inégalités, croissance à tout prix et gaz de schistes face au réchauffement climatique, fermeture des services publics face aux défis collectifs de vieillissement, d'éducation et d'intégration -, a un coût politique lourd mais sûrement écologique. Quelqu'un veut-il se lancer à cette évaluation ?

N'attendons pas les fossiles, avançons par nous-mêmes pour voir comment diminuer notre consommation d'énergies fossiles et nos émissions de gaz à effet de serre.

Voici quelques liens pour identifier les activités humaines non responsables et réfléchir à notre vie quotidienne.

Loin d'être spécialistes, nous allons comparer tout cela avec l'idée qu'un km en voiture c'est 100g de CO2. Même s'il n'y a pas que le CO2, les études scientifiques parlent pour les autres gaz d'équivalent carbone et donc il s'agit d'une mesure étalon à laquelle nous pouvons nous référencer. Notons que 100g il s'agit là d'une voiture modèle en la matière.

Premièrement les transports, ce lien sur les voitures les moins polluantes en 2015 et ce simulateur pour connaître l'impact de votre voiture neuve pour commencer.
Une voiture plus polluante et plus ancienne atteint des niveaux de pollution très importants : en prenant ce lien sur les voitures de 2005, nous apprenons qu'un 4*4 de dix ans aujourd'hui émet 229g de CO2 au km soit 80g de plus que la moyenne de l'époque et plus du double d'une voiture sobre actuelle.
Il est toutefois utile de signaler que la consommation d'énergie du véhicule à l'usage n'est pas seule émettrice de CO2 ou de GES. La fabrication a également son coût carbone. Cet excellent article parle du coût global : il est de 2011 et indique que la fabrication représente un sixième des émissions globales du véhicule sur son cycle de vie. Acheter une voiture neuve tous les ans, comment dire euh ?
Les émissions des véhicules 4X4 vendus en 2004 ont atteint 229 g/km soit 80 grammes de plus que la moyenne !
7. Le marché des monospaces continue à se développer (+ 4 %) en pénalisant le bilan CO2 (+ 20 g/km en moyenne par rapport aux berlines). 
Source : notre-planete.info, http://www.notre-planete.info/actualites/actu_563_palmares_2005_emissions_voitures.php
Les émissions des véhicules 4X4 vendus en 2004 ont atteint 229 g/km soit 80 grammes de plus que la moyenne !
7. Le marché des monospaces continue à se développer (+ 4 %) en pénalisant le bilan CO2 (+ 20 g/km en moyenne par rapport aux berlines). 
Source : notre-planete.info, http://www.notre-planete.info/actualites/actu_563_palmares_2005_emissions_voitures.php
Pour parler transports au sens large, cet autre lien sur la comparaison avion-voiture.
Une place prise pour un trajet en avion équivaut à faire le trajet tout seul dans une voiture grosso modo. Et donc une famille de 4 préférant un trajet rapide en avion émet 4 fois plus de GES qu'en ayant pris sa voiture.

Ensuite l'alimentation et la viande.
Mangez moins de viande et surtout moins de bœuf. 1kg de viande produit localement équivaut à 110 kms en voiture, toujours avec notre voiture propre (l'article se base, semble-t-il, sur une émission à 200g par km ce qui est plus près de la réalité du parc automobile actuel sans doute).
Et une viande d'Argentine ou du Brésil comment dire, "ça va pas la tête" !!
Sans parler de la pression sur les terres agricoles pour alimenter les bêtes plutôt que pour alimenter les hommes : 1kg de viande de bœuf demande 8kgs de céréales. Et sans parler de la santé de votre colon...

Les biens de consommation électroniques sont aujourd'hui un problème majeur, c'est le poste qui empêche la baisse de notre bilan carbone.
Un écran plat acheté c'est 12% du bilan carbone de la consommation d'un Français. Vous en changez chaque année ?
Autre lien sur le bilan d'un iPhone. Ou celui d'un ordinateur. Reprenons la comparaison : 1015 kg d'équivalent CO2 pour l'empreinte d'un ordinateur soit en équivalence plus de 10 000 kms en voiture sauf erreur.
Un geek changeant d'ordinateur, de tv, de portable ou de tablette très fréquemment peut manger bio, il restera avec son bonnet d'âne au bilan carbone.
Enfin vous lirez que la consommation de l'appareil en marche chez vous est quasi anecdotique au regard du coût de production et d'acheminement.

La consommation de textile - la surconsommation de vêtements dans le monde occidental concrètement - devrait, on l'imagine, poser problème.  Les  recherches effectuées pour cet article renvoient l'estimation à 7kg pour le coût carbone d'un vêtement. Soit 70 bornes pour notre voiture. Un modèle d'évaluation pour le textile existe mais semble payant. Pas grand chose me direz-vous ?
En fait le problème se trouve ailleurs, la production de coton d'un tee-shirt exige 2700 litres d'eau et les surfaces de coton cultivées sur la planète (3% des terres cultivées) absorbent le quart des pesticides. D'autres problèmes également sur les produits chimiques pour les logos, les couleurs... écoulés directement dans les rivières des pays en développement et surtout l'industrie du vêtement fonctionne sur un modèle économique complètement aberrant : main d’œuvre de fabrication sur-exploitée, non protégée, main d’œuvre de vente peu payée, marge captée par quelques postes dans la chaîne.
L'excellent reportage d'Arte sur ce thème est édifiant.

Cette recherche rapide de non spécialistes reste parcellaire et nous a amenés vers des liens parfois un peu anciens et plus ou moins fiables, avec une vérification non systématique des sources. Alors n'hésitez pas à commenter, ajouter des liens, préciser certains éléments.

Nous signalerons enfin l'interview passée de Gaël Giraud qui nous rappelle, lui, à quel point le réchauffement climatique constitue un défi majeur et urgent pour l'humanité. François Fillon ne le dira sans doute pas ce soir, lui qui a peur de l'écologie punitive, et regrettera sans doute de ne plus pouvoir rentrer en Falcon dans la Sarthe.

Bonne lecture

vendredi 7 octobre 2016

Désenfumage 1 : Juppé et la théorie du ruissellement

Les faits :
François Lenglet dans un élan progressiste inattendu décrit la politique fiscale d'un autre temps de Juppé.



Juppé se justifie en affirmant que la baisse de l'impôt pour les riches permet de maintenir des liquidités dans l'économie et que la consommation, l'épargne, les investissements des plus riches ainsi augmentés feront tourner l'économie.
Il affirmera même qu'il est plus facile de faire baisser les impôts de ceux qui en paient. Phrase fausse et immorale mais ne divergeons pas.

Personne sur le plateau n'a bronché !

L'argument choc :
Ce que Juppé défend, c'est la théorie du ruissellement. L'argent des riches qu'on leur laisse va ruisseler jusqu'aux moins argentés. Cette théorie est vieille de dizaines d'années et elle est invalidée par l'expérience. Tout le monde sait que ça ne marche pas !!!

L'explication :
Deux types d'explications : la première tient d'une démonstration par l'expérience, les 1% les plus riches concentrent depuis des années une part de plus en plus importante des revenus et des patrimoines, et ce qu'il en découle : les pauvres sont de plus en plus pauvres !

La deuxième tient au fait qu'un ménage fortuné épargne (où il veut, quand il veut et parfois contre l'intérêt général) alors qu'un ménage non fortuné consomme ou que l'Etat prélève l'impôt pour mettre en place des services pour l'intérêt général. L'euro épargné par les riches ou consommé par les pauvres ou investi par l'Etat n'a pas le même rendement; on parle de coefficient multiplicateur.


Pour aller plus loin :
Cet article du Monde qui présente une étude du FMI démontrant l'inexactitude de la théorie du ruissellement.
Ce billet de François Clerc sur les inégalités et leur explosion.
Cet article plus technique d'un blogueur québecois baptisée Jeanne Eymar (sic)
Et évidemment la référence sur les inégalités de revenus et les politiques fiscales en France reste le livre de Thomas Piketty dont nous avions parlé il y a quelques temps.


Conclusion :
Face aux inégalités, problème majeur du XXIe siècle, Juppé propose une politique fiscale d'un autre temps qui ne fera qu'aggraver la situation.