dimanche 18 octobre 2015

"Je remercie les salariés d'Air France de remettre la question sociale sur la table"


Le titre est accrocheur. La phrase est de Jean-Luc Mélenchon.

L'épisode Air France mérite que l'on s'y attarde vraiment.
Le service de comm d'Air France voulait passer à autre chose le plus vite possible à coups de slogans magnifiques. Y a-t-il jamais eu campagne plus ridicule ?
Air France, c'est nous, c'est pour vous !
Oh merci pour cette ringardisation ultime de la communication.

Non, attardons-nous sur ces évènements bien plus que cela.

Le traitement médiatique standard résumait les évènements ainsi : des salariés violents, irréalistes et idéologiquement extrêmistes s'en sont pris à des responsables clairvoyants, réalistes et sans parti pris idéologique. Cette violence est intolérable.



Premièrement, clairvoyants ou intelligents, les dirigeants d'Air France ? Non. De Juniac, le PDG d'Air France malgré son salaire à 6 ou 7 chiffres ne cache pas sa bêtise qu'il expose volontiers au grand public.

Cyran, O., Sa Chemise vaut plus que ta vie, Tweeter.
La conférence de Juniac dont sont tirés ces extraits est consultable.
Juniac, A., Les acquis sociaux, Les Entretiens de Royaumont, 6-7 décembre 2014.

Violence et engagement idéologique unilatéral ? Jean-Luc Mélenchon (version courte) et Frédéric Lordon (version détaillée) ont apporté leur éclairage. Deux excellentes démonstrations pourquoi ? Pour la mise en perspective globale de cette chemise à 200 balles !

Impossibilité du dialogue social ; déséquilibre des rapports de force dans le salariat ; violences du capital sur le salarié : anxiété, licenciement, bouleversement de la cellule familiale, suicide ; impasse du néolibéralisme comme développement actuel absurde du capitalisme et volonté du capital d'obtenir toujours plus ; arbitrage individuel du salarié et du consommateur ; monopole des images de la violence par la classe dominante lorsque les autres violences restent invisibles ; dévoiement du politique qui ne protège plus le faible, Valls le méta-voyou ; le renoncement du citoyen et du salarié face au système, aux structures alors que les responsabilités sont établies, les responsables identifiables : qui croit en la concurrence non faussée d'Air France avec des pétro-monarchies ? Qui permet l'évasion fiscale de Ryan Air ? L'embauche sous contrat d'Europe de l'Est des compagnies low-cost ? Leur domiciliation en Irlande ? La moins-disance en terme de sécurité et de durée du travail ?; le retournement de la peur du salarié en violence ; le changement de camp de la peur et la peur du soulèvement comme moyen de construction historique des rapports de force politiques permettant le progrès social...

Tout y est, bon visionnage et bonne lecture !

Mélenchon, J-L., Interview BFM Business, octobre 2015
Lordon, F., Le parti de la liquette, Blog la pompe à phynance, octobre 2015.

Au passage, Frédéric Lordon trouve toujours les mots les plus forts pour taper sur Libération, L'Obs, L'Express... et cette presse de gauche qui ne sait jamais quoi dire, condamner et le plan social et la violence des salariés, louvoyer sans jamais choisir son parti. 
Pour faire suite, Pierre Rimbert étaye le fait que ces éditorialistes n'ont pas d'idées, ils ne défendent pas d'idées, juste leurs statuts. Laurent Joffrin peut ainsi raconter une chose et son contraire en fonction du contexte, rester en place et défendre le statu quo.

Rimbert, P., Il ne s'est rien passé à Athènes, Le Monde Diplomatique, septembre 2015