dimanche 24 août 2014

Débâcle diplomatique

Voir Laurent Fabius poser devant les réfugiés irakiens ayant fui les forces de l'EI rappelle cette phrase de Régis DEBRAY, qui fustigeait l'atlantisme de Védrine et Hollande  :

"Loger dans le fourre-tout « terrorisme » (un mode d’action universel) les salafistes wahhabites que nous pourchassons au Mali, courtisons en Arabie saoudite et secourons en Syrie conduit à se demander si, à force d’être interopérable, on ne va pas devenir interimbécile."



Les photos de Fabius, sauveur des chrétiens d'Irak, n'ont, à y regarder plus près, absolument rien de glorieux et la communication autour de cette opération relève d'un cynisme de haut-niveau. Pourquoi ?

Premièrement, Hollande, rappelons-le, a toujours fait preuve d'un engagement atlantiste marqué. Et ce bien avant son élection. Hollande, en effet, dans ses visites à l'ambassade des Etats-Unis en tant que premier secrétaire du parti socialiste, critiquait le refus de Villepin-Chirac d'intervenir en Irak au côté des armées de Bush. Il cautionnait alors ce qui est aujourd'hui le désastre irakien. Fabius a donc beau jeu aujourd'hui de jouer les sauveurs : l'Irak est aujourd'hui en pleine guerre confessionnelle. Le sauvetage de Chrétiens, victimes de l'EI, s'est déroulé en parallèle du massacre de sunnites face à une milice chiite.

Le Meilleur de Wikileaks, Le Monde, Hors-série, Février 2011

Le témoignage ici d'un religieux chrétien tenant pour responsable l'intervention américaine des maux que traverse l'Irak aujourd'hui. Intervention que Hollande cautionnait, rappelons-le encore.

Deuxièmement, les responsables militaires américains pensent aujourd'hui que l'EI ne pourra être anéanti que s'il ne dispose plus d'une base arrière solide sur le territoire syrien. 
Hors les opposants islamistes au régime de Bachar El-Assad en Syrie sont aujourd'hui équipées d'armes acheminées par la France. Le gouvernement a avoué ses livraisons ces derniers jours sans que le Monde ne s'en émoustille plus que cela à en lire ses articles.

En résumé, Hollande avait demandé aux Etats-Unis d'intervenir avec lui en Syrie contre El-Assad. Cela n'a pas été fait et la France a alors livré des armes à l'opposition syrienne. Sauf que l'opposition citoyenne incarnée par l'Armée Syrienne Libre née des printemps arabes a été dépassée par une opposition islamique. Qui a dépouillé l'ASL, allié de la France.
Les Etats-Unis se battront donc bientôt contre les mêmes ennemis que Bachar El-Assad et permettront son maintien au pouvoir. Pas tout à fait ce que Hollande envisageait quand il suppliait Washington d'intervenir à ses côtés.

De quoi rappeler cet article qui parlait de débâcle il y a un an, que dire aujourd'hui ?

Interimbéciles disait Debray ? 

Ajoutons à cela la ligne politique choisie par la France, "petit télégraphiste de la droite israélienne" dans le conflit à Gaza, et nous pouvons conclure que le bilan diplomatique d'Hollande est encore plus désastreux que ses capitulations économiques. Dont même Cécile Duflot, qui en aura mis du temps, a fini par se rendre compte.

mardi 5 août 2014

Revue de Presse sur le massacre palestinien

Dominique de Villepin est le seul homme politique français de premier plan à avoir signé une tribune pour dénoncer le massacre des palestiniens dans la bande de Gaza par l'armée israélienne.


Son texte reprend nombre des arguments et faits indéniables sur ce conflit pour toute personne peu au fait sur le sujet : le déséquilibre de la situation, le crime que constitue le massacre de civils pour stopper les combattants du Hamas se trouvant sur le territoire, la terreur organisée par l'armée israélienne en Palestine, la reprise débile du président Hollande des arguments de "défense" du gouvernement israélien, l'absence de coordination politique internationale qu'il résume en cette phrase :
"On désespère de la diplomatie du carnet de chèques de l'Europe qui se borne à payer pour reconstruire les bâtiments palestiniens qui ont été bombardés hier et le seront à nouveau demain, quand les États-Unis dépensent deux milliards de dollars par an pour financer les bombes qui détruisent ces bâtiments."

Serge Halimi reprend également la notion d'équilibre dans son éditorial du Monde Diplomatique mais en situant le conflit dans la réalité de la situation des palestiniens ces dernières années :
"Et ainsi on oublie le reste, c’est-à-dire l’essentiel : l’occupation militaire de la Cisjordanie, le blocus économique de Gaza, la colonisation croissante des terres. Car l’information continue ne semble jamais avoir assez de temps pour creuser ce genre de détails. Combien de ses plus gros consommateurs savent-ils, par exemple, qu’entre la guerre des six jours et celle d’Irak, soit entre 1967 et 2003, plus du tiers des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies ont été transgressées par un seul Etat, Israël, et que souvent elles concernaient... la colonisation de territoires palestiniens (1) ? Autant dire qu’un simple cessez-le-feu à Gaza reviendrait à perpétuer une violation reconnue du droit international."


Halimi conclut également sur le rôle joué par la France, ridicule s'il en est :
"On ne peut pas compter sur Paris pour le rappeler. En déclarant, le 9 juillet dernier, sans un mot pour les dizaines de victimes civiles palestiniennes, qu’il appartenait au gouvernement de Tel-Aviv de « prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces », M. François Hollande ne se soucie plus d’équilibre. Il est devenu le petit télégraphiste de la droite israélienne."

Sur ces différents points, quelques articles intéressants :
- l'occupation et la colonisation en Cisjordanie, une cartographie parlante :

- La terreur organisée par l'armée israélienne par un de ses acteurs
Les témoignages d'officiers israéliens se multiplient ces derniers temps et on ne saurait que conseiller le documentaire The Gatekeepers

- La violation du droit international par Israël depuis sa création

- Le blocus de la bande de Gaza

Les partisans d'Israël répondent avec un certain nombre d'arguments que Dominique Vidal et Alain Gresh prennent le temps de contre-dire, arguments que l'on retrouve dans l'ensemble des forums et qui pour certains frôlent l'ignoble. Gresh s'est même contraint à répondre à l'(mettez ici le substantif qui vous va) BHL.



L'offensive israélienne à Gaza a fait depuis juillet 1800 morts, des civils dans leurs écrasante majorité, contre 67 israéliens, 64 militaires et 3 civils. L'"équilibre" est globalement le même que lors de l'opération Plomb Durci, 1700 contre 11, et lors de la période précédant celle-ci, 1300 contre 13.