vendredi 9 novembre 2012

Anti-chien de garde / Anti-âneries : L'Ecothèque idéale


Où s'arrête la connerie ?

Un président fraîchement élu voulait renégocier un traité et engager l'Europe sur une voie plus solidaire. Quelques mois plus tard, il se réjouit de n'avoir rien négocié du tout et nous retrouvons avec délectation ce que disait l'un de ses ministres, Benoit Hamon dans une critique sans hésitation du Traité.
Le Traité Souriez Comme des Glands ne donne pas d'autres perspectives que l'austérité à toute l'Europe alors que l'Espagne a atteint ce mois-ci la barre des 25 % de chômeurs, que la Grèce, tombée dans la misère, est au bord de l'explosion sociale. Vous reprendrez bien un peu d'austérité ?
Et les médias traditionnels justifient ce texte au nom de la... solidarité européenne, qui n'a jamais existé. Souriez, Souriez !

La Grèce explose, l'Allemagne rajoute toujours une couche de conditions supplémentaires pour venir en aide aux pays européens en difficulté... et l'Union Européenne, en désunion, reçoit le Prix Nobel de la Paix.

Un premier ministre socialiste se réjouit d'adopter, en pleine crise de la dette publique, un plan de diminution des rentrées fiscales. Mieux, il prend en considération le rapport d'un grand patron sur la compétitivité, baisse les charges sans aucune contre-partie des entreprises et en profite pour augmenter la TVA. Socialiste ? De Gauche ?

Des grands patrons lancent des appels dans les journaux pour baisser les charges et les dépenses publiques. Ils osent le faire, eux dont les entreprises ne paient que très peu d'impôts.
Et nos médias traditionnels reprennent tout cela au nom de la compétitivité.

Mais où s'arrête la connerie !!!!! Quand commence-t-on à réfléchir ? Quand ?

Si jamais certaines choses vous chiffonnent,
Si jamais vous vous demandez s'il n'existe pas de solutions plus à gauche que ce gouvernement, ou s'il existe encore une réflexion de gauche,
Si jamais un semblant d'esprit de classe vous amène à penser que demander son avis à un grand patron sur la compétitivité, ce ne serait pas un peu se tirer une balle dans le pied,
Si jamais vous vous dîtes qu'il doit y avoir un rapprochement entre les baisses des charges et la diminution de la qualité des services publics dans notre pays,
Alors vous devenez sensible à la pensée hétérodoxe et tournons-nous ensemble vers certains de ses classiques ; voici l'Ecothèque idéale, les 10 articles d'économie politique alternative (en ligne) qu'il faut avoir lu. Pour recommencer à réfléchir...


Sur la dette publique :
La dette publique est le fruit d'une contre-révolution fiscale où les ménages les plus aisés sont gagnants à deux reprises. La baisse de la fiscalité leur permet de conserver leurs revenus en pleine explosion ; le marché obligataire permet de faire fructifier copieusement et sûrement ces revenus conservés. 
Sur l'Ecole, la santé, les services publics :
Martien Bulard explique par une comparaison internationale comment la mutualisation des dépenses de santé permet aux populations qui s'y tiennent une limitation de leur frais de santé. Non dire cela n'est pas une aberration de communistes dépassés...
Sur les inégalités de revenus :
La base de la base sur les inégalités de revenus pour ne pas entendre dire une énième fois ces énormes âneries "les 10% les plus riches ne gagnent que 3.6 fois plus que les 10% les plus pauvres. Comme peut le répéter à l'envi un commentateur idéologue, non pardon, économique du matin sur France Inter.
Clerc, D., Des inégalités méconnues, Site Alternatives Economiques, Blogs, août 2011

Sur la fiscalité :
??

Sur la financiarisation de l'économie :
Crise, Dette, Création monétaire, risque inflationniste... Jean-Marie Harribey resitue le rôle de la Banque Centrale dans le financement de nos économies et dans l'origine de nos petits soucis actuels !
Harribey, J.-M., Crise de la dette ou dette de crise, Blog Alternatives Economiques, novembre 2011 
Comment banques et fonds d'investissement parviennent à échapper à toute régulation et continuent d'entretenir le risque de leur propre destruction.
Jorion, P., Le comportement suicidaire de la finance, Le Monde, octobre 2012

Sur la compétitivité :
Fumisterie de la compétitivité, concept bidon à l'échelle des Etats,  qui pourtant nous est répété jusqu'à écoeurement. Et pour cause, un gouvernement de gauche prend en considération un rapport d'un grand patron pour réaliser un "choc de compétitivité" ou une "trajectoire" sous les applaudissements du MEDEF. Harribey réinforme.
Harribey, J.-M., Compétitivité = travailleurs piégés, Blog Alternatives Economiques, novembre 2011 
Plus en détail, tous nos emplois ne sont pas exposés à la concurrence internationale et adopter des mesures communes aux différents secteurs d'activité n'apporte aucune solution viable mais met en péril , encore un peu plus, le financement de notre modèle social.
"Dans le monde actuel de plus en plus complexe, la segmentation des mesures à inventer est une des réponses aux problèmes posés."
Sur la campagne présidentielle de 2012 :
Serge Halimi, excellent analyste de la campagne de N. Sarkozy en 2007 dans "Pourquoi les pauvres votent à droite" de Thomas Frank livrait alors son regard sur la présidentielle de Mai, en resituant véritablement ses enjeux. Même après coup, le meilleur article de cette campagne. Non, F.O. Giesbert ou J.M. apathie ne figure pas dans cette rubrique...
Halimi, S., L'audace ou l'enlisement, Elections présidentielles en France, Le Monde Diplomatique, avril 2012

Sur la pensée unique de nos médias :
Les économistes orthodoxes (comprendre : pour le néolibéralisme) sont constamment invités dans tous les médias par des journalistes ne relayant quasiment que ce type de discours. Ils sont présentés comme experts en économie alors que leur discours est souvent plus idéologique qu'autre chose, peu documenté, peu chiffré. De plus, ces experts sont au cœur de conflit d'intérêts majeur. Toujours présentés sous leur titre universitaire, ils sont dans le même temps conseillers de grandes banques ou de multinationales par lesquelles ils sont rémunérés grassement.
Lambert, R., Les économistes à gages sur la sellette, Le Monde Diplomatique, mars 2012

Laurent Mauduit s'est emparé de ce problème pour écrire "Les Imposteurs de l'économie". Frédéric Lordon lui a alors rappelé à quel point son travail au sein de la rédaction du Monde, quelques années auparavant, était idéologiquement marqué. Un article de référence sur le fonctionnement, du quotidien de référence.
Lordon, F., Corruptions passées, Corruptions présentes (réponses à Laurent Mauduit), La pompe à phynance, juillet 2012

dimanche 14 octobre 2012

TSCG - Explications, par Mazcarad

Billet invité - Mazcarad


Avec un petit schéma, ça passe mieux… L’idée est de résumer les clés indispensables à la compréhension du Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance Européenne (TSCG), sans enfumage volontaire, sans noyer le poisson.

Selon BERNAYS (Propaganda, 1928), pour manipuler l’opinion publique, une règle consiste à conserver une position floue, meilleure façon de retomber sur ses pattes si le vent tourne, meilleure façon de cacher le manque de courage politique aussi : qui parlait de « renégociation du traité » ??
Faisons le travail que la plupart des hommes politiques et/ou journalistes ne font pas. Eclaircissons.




Maintenant, les bases sont posées, on peut discuter clairement et contredire les amalgames et autres conneries entendues çà et là, qui commencent sérieusement à nous gonfler.

+ Approximation n° 1 : Avec le TSCG, on conserve la souveraineté.

C’est très simple de prouver l’inverse. Le TSCG, avec ses « 3 chiffres clés » (3% - 0,5% - 60%) impose un cadre tellement strict aux états qu’il les prive de toute marge de manœuvre. Les 3% du déficit public associés aux 0,5% de déficit structurel sont un carcan qui étouffe le budget national. Alors oui, au sein de ce cadre, les états sont libres de leurs choix, mais la marge de liberté est infime, et par conséquent, la souveraineté, même conservée (c’est encore le parlement qui vote le budget), n’est qu’un vœu pieu, une décoration.

Normalement, en temps de crise, on doit pouvoir laisser filer le déficit public, qui joue un rôle de tampon, pour financer des investissements en faveur de la relance. Le déficit conjoncturel étant lui aussi plus important (« effet crise »), le déficit structurel, indice de santé des finances publiques (puisqu’il n’est pas soumis aux effets de la crise), n’augmente pas. Un déficit public n’est donc pas synonyme de mauvaise gestion, au contraire. Un déficit public qui augmente, sans une augmentation du déficit structurel, est signe de gestion active de la crise. Or la règle des 3% interdit ce choix. Il y a perte de souveraineté.

Par ailleurs, le TSCG, en cas de manquement à cette règle de « 3 », prévoit des sanctions du type mise sous tutelle et plan d’ajustement à la mode du FMI… « Un mécanisme de correction est déclenché automatiquement si des écarts importants sont constatés par rapport à l'objectif » (TSCG)
Un cadre strict, un système de sanction en cas de sortie du cadre…c’est ça un état souverain ?

PS : L’histoire économique récente montre aussi que cette règle de « 3 » ne garantit en rien une stabilisation au plan macroéconomique. Ces chiffres (3% - 0,5% - 60%) sont donnés à priori, sans tenir compte de la dynamique économique (croissance, taux d’emprunt) et par conséquent, ne se justifient pas. Voir à ce propos l’analyse du collectif des « économistes atterrés ». C’est un cadre déterminé à-priori. Or comme toute règle fixée à-priori, elle diminue la souveraineté de CHOIX de celui qui doit l’appliquer, et d’autant plus quand cette règle est dénuée de sens. Pour reprendre une expression des économistes atterrés, cette règle du TSCG, c’est comme d’inscrire dans la constitution : « Les hommes doivent peser 70kg, et les femmes 50kg ».

+ Approximation n° 2 : Un déficit public à 3% donne de la crédibilité sur les marchés.

Bon, celle-là est très énervante aussi, très idéologique. L’amalgame qui est soutenu est le suivant : quand un état affiche un déficit public de 3%, il montre une capacité à bien gérer ses finances, donc les marchés financiers ont confiance en lui quand il s’agit de lui prêter de l’argent : « On ne prend pas un risque important en lui prêtant, nous sommes mêmes certains d’être remboursés, donc on lui prête à faible taux ». Pff.

Premièrement, pour les raisons évoquées au-dessus, se baser sur le déficit public n’est pas pertinent. L’indice économique pertinent serait davantage le déficit structurel (Stiglitz, prix Nobel d’économie est aussi en faveur de cet indicateur), qui n’est pas affecté par la crise. Il est davantage révélateur de la situation des finances publiques.

Deuxièmement, la relation, justement, entre déficit public et déficit structurel est controversée puisqu’elle est basée sur l’évaluation du solde conjoncturel. Ce dernier, basé sur l’évaluation de la production potentielle (création de richesse dans un contexte économique régulier) varie en fonction des modes de calcul. Par exemple, les économistes atterrés montrent que selon la méthode de calcul, le déficit conjoncturel varie de 0,5 à 3%. De la même façon, le FMI ne trouve pas le même chiffre que la commission européenne…Le déficit courant ne peut donc être un indice de crédibilité pour des marchés. Idéologiquement, plaider pour un déficit public à 3%, c’est faire en sorte de désengager l’état de ses missions de service public (éducation, santé, …), afin d’ouvrir ces marchés au secteur privé (l’exemple est flagrant avec les autoroutes, la poste, …).

Troisièmement, l’évolution des taux d’emprunt (indice de crédibilité des marchés) ne prouve pas le rapport avec le déficit public. En clair, un déficit bas ne garantit pas un taux d’emprunt bas. Des études de l’OFCE montrent que la relation entre déficit public et taux d’intérêt n’est pas linéaire. Une augmentation du déficit n’entraine pas systématiquement une augmentation du taux d’emprunt. C’est parfois l’inverse qui se passe (exemple des Etats-Unis qui empruntent à faible taux entre 2002 et 2004 alors que le déficit public s’accroît).

Ajoutons enfin que le financement du déficit peut s’effectuer en dehors de la pression des marchés financiers : emprunt direct auprès de la BCE, emprunt auprès de banques de la zone euro (moins soumises aux secousses des marchés étrangers), garantie de remboursement par un système solidaire européen (idée des « euro bonds »), etc…

Autant d’arguments qui démontent celui du déficit public cadenassé à 3% au nom de la crédibilité sur le marché obligataire !


lundi 13 août 2012

Le spectacle sportif sans être pris pour un âne, c'est possible ?

L'émotion liée à la compétition sportive et le spectacle de l'expertise technique ont légèrement, mais alors légèrement mis de côté les inepties du TSCG, lors de cette quinzaine olympique.

Le déroulement fou du concours de saut à la perche ou l'absolue maîtrise de la basketteuse Céline Dumerc lors des moments cruciaux sont des moments rares qui donnent au spectacle sportif sa spécificité et peuvent justifier l'intérêt qu'il suscite.
Pendant cette quinzaine, peu d'avis sont venus déprécier l'émotion et l'expertise sportive. Seul un spécialiste de musique classique de France Télévision, Jean-François Zygel a affirmé que les sportifs ne créaient rien. Point de vue compréhensible mais devenu plutôt marginal.

Toutefois la reconnaissance de la valeur du spectacle sportif ne justifie en rien la contemplation écervelée de l'image sportive, l'admiration béate de ses acteurs, l'absence d'interrogations sur les conditions de la performance et de l'entraînement, et encore moins le patriotisme le plus abruti. Et pourtant sur ce point, de nombreuses limites auront été dépassées lors de ces Jeux Olympiques. Essai de réinformation.


Contemplation écervelée de l'image sportive, disions-nous.
Patrick Montel et bien d'autres ont fait de l'embrassade entre Mekhissi et Kemboi à la fin du 3000m steeple l'image de ces Jeux ; leur échange de maillots et leur embrassade, leurs « comportements exemplaires » a même lancé le commentateur, symbolisant sans doute l'amitié entre les peuples. Tout spectateur sportif informé s'est étouffé à entendre autant d'âneries. Notre représentant français est connu pour ses écarts de conduite intolérables : énorme bagarre avec un autre sportif lors du plus grand meeting de Monaco devant les caméras, bousculade de mascotte à Helsinski et Barcelone. Le représentant kenyan est quant à lui poursuivi par une femme pour tentative d'homicide et ne doit sa participation aux Jeux qu'à la clémence de la justice kenyane à l'égard de ses athlètes. Belle image des Jeux.
Violences conjugales et tentatives d'homicide émaillent également la mort accidentelle du champion du monde kenyan du marathon l'an dernier. Tout comme de nombreuses affaires de mœurs, plus ou moins graves, ont touchés des sportifs français (Procès pour meurtre de Cécillon, affaire Zahia...). Reconnaître à l'athlète sa valeur sportive ne signifie pas lui prêter des qualités humaines ou lui conférer un statut de grand représentant de la nation.

Autre tendance de nos meilleurs commentateurs, celle d'affirmer que le sport a connu ces années noires en terme de dopage. Les records des athlètes de RDA des années 80 seraient « d'un autre âge », comme la détection de l'EPO, poison des pelotons des années 90, aurait libéré celui-ci de pratiques dopantes.
L'affaire BALCO en 2004 a pourtant éclaboussé l'icône des années 2000, Marion Jones, modèle technique, athlète ultra-dominatrice, emportant dans sa chute son ex-mari lanceur de poids et son compagnon recordman du monde du 100m. Cette affaire a elle seule devrait inviter le commentateur à la plus grande réserve.
En terme de dopage, la suspicion n'a que peu d'intérêt. Toutefois si vous ne connaissez pas l'Alcar, les microdoses d'EPO, les processus d'auto-transfusion, l'affaire Puerto, les fins tragiques dans des conduites addictives dramatiques de Pantani, Jimenez ou Van Den Brouck, un essai de réinformation peut commencer par la consultation du site d'archivage monumental Cyclisme et Dopage, la lecture de cet article sur les puissances développées par les coureurs lors du dernier tour de France, cet interview du directeur de l'IRMES : « un tiers de l'équipe de sprint jamaïcaine des Jeux de Pékin en 2008 a été suspendue au moins une fois pour dopage. », des interrogations du marcheur français Moulinet et de ses constats sur l'accès aux produits dopants ou cette étude sur la domination kenyane avançant des causes plausibles hors-dopage.


Au-delà de ces premiers aspects, la grande polémique de ces Jeux restera l'application à géométrie variable des règlements ; exclusion de joueuses de badminton asiatiques souhaitant perdre lors des derniers matchs de poule, suspicion du même comportement pour les basketteurs espagnols, exclusion du coureur algérien pour absence de participation réelle sur 800m puis réintégration sur certificat médical avant un triomphe le lendemain sur 1500m, plongeur, cyclistes et rameurs britanniques jouant avec le règlement pour recommencer leur prestation.
Il faut avoir des commentateurs sérieusement naïfs pour stigmatiser dans cette histoire les entorses des athlètes à l'esprit olympique. La performance de haut-niveau est une négociation perpétuelle du règlement par l'ensemble des sportifs sans distinctions de nationalité. Si la vague des #GBJOFacts a traité avec humour le problème, les débats débiles entre nations plus fair-play que d'autres nous ont empêché de saisir l'essentiel, à savoir les luttes politiques au sein des instances olympiques.
L'obtention des Jeux est une lutte pouvant nous donner une idée de l'esprit olympique : pressions politiques, alliances et parfois corruption. La recherche CIO corruption sur un moteur de recherche fait froid dans le dos (A noter également la politique hallucinante de propriété intellectuelle mise en place par le CIO, esprit olympique ?).
Et donc pour ces disqualifications, l'intérêt était de savoir quelles instances ont pris ces décisions, quelles étaient les compositions de ces instances, quelles pressions ont-elles éventuellement subies... Au lieu de cela nous avons eu droit à tous les débats les plus niais possibles sur une nation anglaise pas si fair-play ou une disparition de l'esprit olympique. Cet exercice du journalisme condamne le sport à rester un terrain de jeu voué au chauvinisme et à la stigmatisation de l'autre.
Comment ne pas être effaré par les dernières nouvelles de ces Jeux sur les applications de règlements ?
David Cameron, premier ministre britannqiue, serait intervenu pour redonner le témoin du relais à Usain Bolt, que l'organisation lui refusait. Belle utilisation du pouvoir d'intervention politique. Les élections des membres du CIO pour lesquelle Tony Estanguet avait été annoncé élu étaient annulées ou remises à plus tard. Sérieusement, où s'arrête le ridicule ? ? ?


Pas au portes de France Télévision semble-t-il ! Combien d'âneries entendues au cours de ces JO ?
Manu Roux, discours et casquette teenager au handball tourné en ridicule par Nicolas Karabatic, une fois pour son catastrophisme après une défaite en poule, une autre pour lui demander de chanter n'importe quoi à la fin d'une demi-finale
Jean-René Godart soulignant que Grégory Beaugé, cycliste sur piste, peut paraître non-chalant. « Il est antillais, Gregory ». Seul Richard Dacoury, ancien basketteur de haut-niveau, consultant, lui a signifié que l'utilisation de pareils clichés n'avait pas franchement d'intérêt.
Patrick Montel, lui, relativise les médailles des pays étrangers obtenus par les athlètes de leurs territoires d'Outre-Mer respectifs. Il aurait avec raison hurler au scandale pourtant si les médaillés antillais n'étaient pas comptabilisés dans le bilan français.
Bernard Faure, narrant l'accueil de kenyans par un athlète français, nous donnait sa vision du bonheur : « ils allaient courir et Nathalie (sa compagne) préparait à manger ». La belle histoire forte en émotions et... au milieu, un cliché sexiste vous échappe !
Nelson Montfort, tourné en ridicule par #DesoccupyNelson sur les réseaux sociaux, imposa quasiment à une nageuse de dédier sa victoire à un proche décédé. Questions déplacées, emphase ridicule, description glorieuse de la personnalité du champion et interruptions systématiques des athlètes, rien que ça. Le nageur Agnel lui a par exemple répondu qu'il ne faisait que faire des allers-retours dans une baignoire géante, "pas de quoi avoir le chou".

Tout cela nous amène à nous demander si nous n'avons pas assisté à un petit renversement historique. A de nombreuses reprises, un sportif a fait preuve d'une intelligence, d'une logique et d'une humilité bien supérieure à celle du commentateur, englué lui dans l'émotion sportive et l'admiration béate. Ceci renvoie aux oubliettes l'image de l'athlète débile, aidé par un commentateur essayant de donner un peu de sens à un discours qui n'en a pas, pour installer l'idée que le sport de haut-niveau PEUT permettre un épanouissement intellectuel des athlètes : une maitrise de leur communication, un sens de la responsabilité accru, une capacité au travail en équipe, en réseau et une humilité relative imposée par la variabilité des performances.

Le « PEUT » est souligné tant certains athlètes ont tout de même débité des kilomètres d'âneries, tant cet épanouissement de l'Homme par le sport de haut-niveau n'a pas franchement prouvé son automatisme. Rappelons-nous le désespoir de Laure Manaudou qui lors de sa période de retraite, avouait avoir les plus grandes difficultés à établir des relations avec des individus n'appartenant pas au monde de la natation, rappelons-nous des footballeurs en équipe nationale se repassant les très chers services d'une prostituée mineure... 

Pourtant, le journal Le Monde, - oui la surexposition des commentateurs de France Télévision a amené une multiplication de boulettes à l'antenne, mais ils ne sont pas les seuls – a publié un article sur le non-épanouissement de l'athlète chinois portant une conclusion sans appel : « Ni tranquille, ni épanoui, ni respecté, le sportif chinois n'est décidément pas un gagnant heureux. »

Les arguments sont les suivants: les sportifs de l'Empire du Milieu, écrasés par un système national de production de champions, subissent des pressions importantes dans leur pays et leurs victoires probantes ne suscitent à l'étranger que suspicions. Mais jamais l'auteur ne se pose la question de l'épanouissement de nos athlètes, des pressions faisant suite aux contre-performances et pense que le soupçon de dopage ne pèse que sur l'athlète chinois. Nous lui objecterons cet article sur le ressentiment algérien face aux soupçons des commentateurs français sur l'allure de leur champion, nous lui rappellerons que les Britanniques en cyclisme sur piste soulèvent les mêmes interrogations sur leur domination que les Australiens et les Français avant eux... Et enfin pour l'écrasement par le système sportif national, il serait peut-être bien que certains de nos champions comprennent qu'ils sont le fruit de structures publiques dans un pays subventionnant le sport de haut-niveau et le sport de masse comme quasiment aucun autre dans le monde. Bref qu'ils ressentent un peu plus l'écrasement, de manière au moins à se soumettre à la fiscalité qui financent ses structures ! Le sport de haut-niveau étant un secteur clé de l'optimisation (lien d'un cabinet très intéressant), de l'évasion et de l'exil fiscaux.


Cette quinzaine se termine et suscite une interrogation majeure : va-t-on continuer longtemps à nous prendre pour des ânes, gobant sans broncher un spectacle sportif, aussi bon soit-il ? Un journalisme sportif critique doit pouvoir se construire basée sur la recherche d'informations fiables sur les conditions de la performance pour nous sortir de la quête de l'émotion facile, le story-telling infantilisant et la glorification niaise d'athlètes d'exception en homme d'exception dans les médias de grande écoute. Basée sur l'enquête en lieu et place de la suspicion de dopage portant bien sûr, uniquement sur le sportif étranger.
Notre incartade des sujets économiques et politiques vers le spectacle sportif à l'occasion des Jeux Olympiques constituait un essai de réinformation particulier. Mais le retour à nos sujets de prédilection pour la rentrée s'annonce alléchant entre constitutionnalité du TSCG, crise économique et fédéralisme européen... dont tout le monde parle mais dont personne ne veut.

lundi 9 juillet 2012

Le TSCG ou le délire des idéologies perdues

Le changement de majorité n'a pas éradiqué, à notre grand désespoir, la pratique de la désinformation dans nos médias.
La preuve en était faite, magistrale, à l'occasion de cette Une de Libération marquant la fin du sommet européen de la semaine dernière : "Hollande 1 - Merkel 0".
Le Figaro aurait-il écrit pareille connerie à la grande époque de la Sarkozie ?
Il sera intéressant de revenir dans le détail sur le bilan réel du sommet à J+8, pour voir à quel point il est... modeste. Mais surtout la contre-partie du sommet consiste bien en l'engagement de F. Hollande à présenter le TSCG au Parlement français. Et à en obtenir la ratification, légitimité oblige.

Nous avons maintes fois parlé de ce Traité, de son contenu, de son inadéquation face à la crise et des oppositions massives qu'il soulevait. Mais aujourd'hui, le vote à l'assemblée du TSCG revient à demander à des députés d'accepter d'inscrire dans le marbre de la loi, des idéologies ayant complètement failli... avant de se résoudre à limiter leurs pouvoirs législatifs. On nage en plein délire !


Rapidement, le bilan du sommet.
Premièrement, Hollande aurait donc gagné grâce à l'ajout d'un volet croissance. De 120 milliards, soit moins de 1% du PIB de la zone euro, dont 60 avaient déjà été décidés. Inutile de dire que ce pacte est très modeste. Cette politique d'investissement ne contre-balancera pas les politiques d'austérité engagées. Sa modestie inquiète même experts de la BNP, de Natixis dans le lien ci-dessus, ou de la Société Générale dans celui-ci.
 
Deuxièmement, Espagnols et Italiens auraient obtenus des concessions sur leurs dettes calmant les marchés. Le MES aurait dorénavant la possibilité de racheter directement des obligations des banques en difficulté, et d'acheter des titres de dettes espagnols ou italiens sur les marchés primaire ou secondaire. Ces mécanismes n'alourdiraient pas la dette espagnole et italienne et feraient baisser leur taux. Le lundi, les taux baissaient effectivement et la presse saluait les décisions du sommet. Comme l'histoire était belle. Sauf que... le même jour, la Finlande et les Pays-Bas affirmaient qu'en fait elles s'opposeraient au rachat de dettes par le MES. C'est embêtant. Tout est remis en cause. En fin de semaine, taux espagnols et italiens repartaient de plus belle.
 
Troisièmement, un organisme de surveillance bancaire était mis en place. Superbe. Il était en fait déjà décidé depuis des mois. Le lien renvoie vers le blog de François Asselineau de l'UPR (droite souverainiste) dont vous remarquerez la précision des références.
Voilà le bilan des concessions arrachées à Merkel, réduites à peau de chagrin en quelques jours.


Et pourtant, ces concessions semblent suffisantes aux yeux de l'exécutif français pour signer le TSCG. Mais comment un député socialiste peut signer ce texte sans avaler des couleuvres idéologiques ?


Gilles RAVEAUD rappelle, il est utile de le rappeler, que la crise de la dette est la conséquence directe des politiques néolibérales. Il suffit de reprendre les chiffres de Gilles CARREZ (UMP) pour redire que les baisses d'impôts sont la cause de notre endettement actuel. Le néolibéralisme, dans sa volonté de "libérer les marchés et les forces productives" par les baisses d'impôts, a prouvé toute son inefficacité et surtout sa nocivité dans la répartition des richesses. Il nous faut donc contre-carrer ces anciennes politiques et changer de disque ?

A moitié, répond la Cour des Comptes. Didier Migaud et consorts pensent que la situation impose d'économiser 33 milliards d'euros et de le faire pour moitié en diminutions de dépenses et pour moitié en réductions d'impôts. Pas franchement une remise en cause du néolibéralisme, mais là n'est pas le pire dans le rapport de la cour des comptes. Nous allons employer un autre gros mot l'ordo-libéralisme : doctrine économique mettant la stabilité des prix au cœur de la politique monétaire par l'indépendance de la banque centrale, le financement des Etats sur les marchés financiers et l'exigence fondamentale d'équilibre des finances publiques.
La synthèse du rapport de la cour des comptes indique :
"Dans un contexte d’incertitudes sur le marché des dettes souveraines, la France doit asseoir sa crédibilité vis-à-vis de ses partenaires européens comme de ses créanciers. Le respect d’une trajectoire de retour à l’équilibre des finances publiques est le moyen d’y parvenir."
La Cour fait donc sienne la croyance de la rationalité des marchés pour juger de la solvabilité d'un Etat, et lui demander un taux d'intérêt "adéquat" sur sa dette. Pourtant, ses membres savent que l'Italie présente un solde primaire (avant le paiement de la dette) positif alors qu'elle continue d'emprunter à un taux insupportable de 6%.
Il n'y a pas de rationalité des marchés et rien ne sert de prévoir de telles économies, de planifier l'austérité dans l'organisation actuelle du financement de la dette : la France s'acquitte de près d'une cinquantaine de milliards d'euros d'intérêts par an et sur une dette à 1700 milliards, une hausse décimale des taux d'intérêts correspond à des milliers de traitement annuel de fonctionnaires.
 
La première réforme indiquée devrait en toute logique être la remise en cause de l'ordo-libéralisme. Mais non ! Donc le néolibéralisme, qu'à moitié, la rationalité des marchés, n'y pensez pas, et alors vient cette pépite :
"A cette progression s’ajoutent les dettes contractées pour financer les interventions destinées à soutenir les Etats en difficulté de la zone euro, à travers les garanties apportées par la France aux emprunts du fonds européen de stabilité financière (FESF) et la participation en capital au mécanisme européen de stabilité (MES). Celles-ci devraient contribuer à une augmentation de la dette d’un montant de 35,7 Md€ entre la fin 2011 et la fin 2012, soit 1,8 point de PIB"
  
Génial. Exceptionnel. Impossible de faire accepter à l'Allemagne l'emprunt par le MES directement à la BCE. Résultat, les Etats endettés vont s'endetter davantage sur les marchés financiers, pour qu'un organe européen non-démocratique puisse, en premier, intervenir directement auprès des Etats les plus endettés, puis aller s'endetter sur les marchés à son tour. Résultat, on marche sur la tête et cela nous coûtera 35.7 Mds.
Quel euphémisme utilisera la cour des Comptes quand, le TSCG signé, les engagements européens de la France l'obligeront à réduire de 5% en un an sa dette ? Il s'agira là de 80 Milliards !

Autre point, la Cour des Comptes reprend le chiffre des Economistes Atterrés : le seuil stabilisant de la dette est de 2.6% de déficit; un déficit faible peut permettre de soutenir l'investissement sans creuser celle-ci.
Le TSCG prévoit pourtant des seuils bien plus drastiques pour notre déficit. Le chiffre de 0.5% de déficit "structurel" est au cœur du Traité. La Commission Européenne, ayant de plus, choisi un mode de calcul sous-évaluant ce qui tient des mesures temporaires ou d'évènements (le conjoncturel), pour sur-estimer le structurel. Et forcer la main aux Etats à engager des réformes toutes autant "structurelles": "réformes des marchés du travail en agissant sur le coût du travail", "réduction des coûts salariaux indirects et de la pression fiscale" (Déclaration des chefs d'Etats et de gouvernement, Sommet européen, 30 janvier 2012). N'oublions pas cette belle politique de l'offre au rayon des idéologies perdues...
Cette démonstration, sur l'absurdité et le biais idéologique évident du déficit à 0.5%, est au cœur de l'ouvrage des Economistes Atterrés. Lecture d'été obligatoire pour toute personne soupçonnant que cette Europe ne tourne pas rond.
L'autre idée phare de ce livre est de prouver que ce Traité n'est qu'une redite de certains textes européens déjà adoptés (Two-Pack, Six-Pack...). Ce qui vient compléter le travail précis et rigoureux du blog ContreLaCour. Toutefois l'adoption du TSCG n'a rien d'inutile : elle permettrait de donner l'aval politique des parlements nationaux et d'entériner définitivement cet ensemble décousu et renégociable de textes, décrets et circulaires précédents.

En conclusion, ordo-libéralisme, néolibéralisme, politique de l'offre, rationalité des marchés... C'est autant de couleuvres idéologiques qu'il est demandé à nos députés d'avaler. Plus quelques aberrations; le seuil faussé de 0.5% de déficit structurel, le remboursement annuel de 5% de la dette. Mais ce n'est pas tout. Au cas où la France ne suivrait pas ses engagements, ne respecterait pas ces critères absurdes, les députés doivent voter le fait que des conditionnalités seront imposées à notre pays; en d'autres termes, de limiter leur pouvoir de décision !
  
Pourquoi voter une aberration économique et politique pareille !
  
Bref. Et si le parti socialiste ne votait pas là le cadre qui l'enverrait à la défaite dans 5 ans ?
Le journal Le Monde lui ne semble pas se poser la question ou prendre la mesure du problème. L'important, en effet, est de ne pas fâcher une gauche de gauche dépassée, qui pourrait s'avérer trop bruyante :
"Pas question, alors que l'aile gauche et "noniste" du PS s'est jusqu'ici tenue à carreau, de s'attarder sur les dossiers qui fâchent."
C'est sans doute cela le plus important...

samedi 30 juin 2012

Gestion de crise: le changement ne viendra pas

Nos papiers précédents ont tenté d'expliquer que l'austérité n'était pas la solution et que le TSCG serait une erreur majeure.
Le gouvernement socialiste français ne partage pas cet avis. J.-M. Ayrault annonce une baisse des effectifs publics ou plutôt prolonge la baisse sarkozyste. Et François Hollande, dans une grande supercherie de sommet européen, semble avoir troqué un chèque modeste de relance de la croissance contre la ratification prochaine du TSCG par l'assemblée nationale.
Mais alors existe-il d'autres solutions, de réelles solutions, pour sortir de la crise ou doit-on se résigner au même enfermement idéologique que nos dirigeants ?

Pour y répondre, la question que nous devons nous poser est celle de l'expérience : comment certains pays sont parvenus à sortir de crises économiques majeures ?
Paul Krugman invite économistes influents et hommes politiques à s'inspirer des causes et solutions envisagées face aux crises précédentes: le Japon depuis les années 90, le Mexique en 1995 et 1997, certains pays asiatiques en 1997, l'Argentine en 2002.
Dans son ouvrage, l'auteur fournit une analyse détaillée de celles-ci pour nous alerter du fait que les leçons du passé ne sont pas tirées et que politiques et économistes continuent d'appliquer les mêmes recettes inefficaces.

Ce livre traite de questions macro-économiques complexes, et parfois difficiles d'accès, mais celles-ci doivent nous permettre de dépasser ce bon sens pathétique - "nous n'avons plus les moyens donc dépensons moins, c'est évident"- qui nous amène à accepter n'importe quoi.
Alors essayons de comprendre.


Mais d'abord qui est Paul Krugman ?
Paul Krugman est économiste, professeur au célèbre Massachusetts Institut of Technology, ancien de la Banque Mondiale et accessoirement Prix Nobel.
Difficile de parler à son endroit d'altermondialiste acharné ou d'anti-libéral convaincu. Krugman est l'auteur d'un plaidoyer argumenté sur la mondialisation, portant un regard critique et convaincu sur ces bienfaits sans être dans le délire de la mondialisation heureuse d'Alain Minc. Nous dirons que Krugman est un libéral néo-keynésien, nous y reviendrons.

Que nous dit-il ?
Il nous rappelle d'abord que le pouvoir politique souhaite 3 choses pour son économie sans pouvoir obtenir les 3 en même temps.
Premièrement, pouvoir agir sur les taux d'intérêt. Les augmenter - emprunter devient coûteux - pour contrôler l'inflation ou le réduire - emprunter est bon marché - pour stimuler l'activité. Avec comme préoccupations, d'une part, la prévention de "bulles" : des taux trop bas peuvent faire monter la masse de crédits dans des limites peu raisonnables, et d'autre part, les composantes de l'inflation qui ne sont pas systématiquement liées entre elles : l'inflation sur les prix est-elle suivie par les salaires ? L'inflation des prix est-elle supérieure au taux d'intérêt bancaire, ce qui décourage l'épargne : à quoi bon épargner si les sous épargnés aujourd'hui permettent d'acheter moins de biens demain ?

Deuxièmement, veiller à la stabilité des taux de change pour que ses entreprises puissent travailler à l'international dans des conditions stables et pour que ses importations vitales ne coûtent pas les yeux de la tête à ses habitants. En période de crise, les investisseurs quittent le pays et la monnaie se déprécie. Deux solutions s'offrent alors aux Etats : soutenir le taux de change en achetant de la monnaie locale sur les marchés tant qu'ils le peuvent, ou laisser se dévaluer la monnaie sur les marchés; une fois dévaluée, les investisseurs reviendront puisqu'il leur coûtera moins cher de produire sur place.

Troisièmement, assurer la libre circulation des capitaux "afin de se retirer complètement de ce qui relève du secteur privé". La justification relève d'une conviction personnelle de l'auteur, libéral, mais il assure que les tentatives passées de limite à la circulation des capitaux se sont avérées néfastes. Un pays qui ferme ses "frontières" pour éviter la fuite finit toujours par regretter son choix. Pragmatisme donc...


En théorie donc, les outils sont nombreux et le pouvoir politique administre rationnellement un monde économique rationnel. En pratique, pas du tout. 
Krugman met en avant principalement 2 ensembles de facteurs venant troubler ces équilibres. Tout d'abord, la versatilité des marchés. De nombreuses crises ont été amplifiées ou créées lorsque les investisseurs fuient ou investissent dans l'économie d'un pays, parfois sur des décisions peu évidentes, des effets de panique ou comportements moutonniers. Ensuite, le rôle croissant du secteur financier non bancaire ces dernières années. Le chapitre sur les hedge funds et leurs capacités à renverser les marchés est éclairant. Vraiment.

Un exemple, pour le plaisir, Hong Kong 1998.
"Ils (certains fonds spéculatifs) se mirent en position courte sur des actions de Hong Kong, c'est-à-dire qu'ils empruntèrent ces actions à leurs propriétaires et les vendirent contre des dollars hongkongais (...). Puis ils changèrent les dollars hongkongais en dollars américains. Ils tablaient sur la venue d'un des évènements suivants. Ou bien le dollar hongkongais allait être dévalué, donc ils gagneraient de l'argent sur leur spéculation monétaire; ou bien l'autorité monétaire allait défendre sa monnaie en relevant ses taux d'intérêt, ce qui ferait baisser la bourse locale, et ils gagneraient de l'argent sur leur position courte en Bourse." Le tout avec une mise de départ faible, la vente de l'un permettant l'achat de l'autre. A vos questions en commentaire, pour plus de compréhension.

Ces limites à l'administration de l'économie par le politique aboutissent à la peur des spéculateurs. Le discours et l'activité du politique vise alors en priorité à "rassurer les marchés", à ne pas faire fuir ou amplifier les mouvements de panique des investisseurs. La politique de l'offre - offrir les meilleurs conditions possibles aux entreprises - devient la norme : baisses de charges, allègements fiscaux, contrôle du budget de l'Etat  et aujourd'hui austérité.
Krugman conclue sur le renoncement pathétique du politique : "le besoin ressenti de jouer le jeu pour rétablir la confiance supplante toutes les autres considérations de la politique économique. Cela paraît assez fou, mais c'est ainsi."


Pour notre crise européenne, comment ces 3 principes et cette peur de spéculateurs se manifestent ?
La libre circulation des capitaux, pas de souci. Elle est inscrite comme principe fondamentale du Traité de Lisbonne. Tant et si bien que la justice européenne a condamné l'Etat français à une amende de 4,2 milliards cette année sur l'inconstitutionnalité de son imposition des OPVCM français et étrangers. C'est le montant de l'impôt sur le revenu sur une année. Rien que ça.

Impossible ou presque, par contre de dévaluer la monnaie. L'Euro ne nous permet pas une telle stratégie ou la rendrait peu efficace. Les Etats membres peu en difficulté auraient tout à y perdre. Les Etats mal en point pourraient le réaliser sur leur monnaie nationale en sortant de l'Euro, mais leurs dettes, libellées en euros, exploseraient. Les banques de la zone Euro qui détiennent la dette de pays sortant de l'Euro seraient en très mauvaise posture. De plus, la grande majorité des entreprises européennes travaillent pour la zone Euro. 
Une dévaluation ne règle donc en rien les déséquilibres intérieurs de la zone. 10 ans après sa mise en circulation, l'Euro montre sa grande limite en ne laissant pas de marge de manœuvre sur leur monnaie, à des pays extrêmement différents les uns des autres. Petit article à ce sujet.

Reste la régulation des taux directeurs. Ne reste que ça. L'inflation est la lubie allemande depuis la seconde guerre mondiale. Avant la crise, la politique de la BCE était de réguler celle-ci mais de réguler quelle inflation ? Certes, salaires et prix évoluèrent peu, mais la masse monétaire explosait comme le montre cet article de J.-M. Harribey et son graphique, au profit de l'économie spéculative principalement. Les belles années de l'économie financiarisée et la bulle des subprimes. Mais depuis 2008, l'éclatement de la bulle spéculative  n'est pas restée sans effet sur l'économie réelle et la baisse de l'activité économique a amené la BCE à baisser ses taux.
Aujourd'hui les taux sont au plus bas, la BCE prête même directement à taux extrêmement faible aux banques. Pourtant les difficultés sont toujours présentes et pire, les entreprises trouvent que leur accès au crédit est toujours limité. Pourquoi ?
Une des explications avancées est la suivante. Les banques commerciales profitent de cet argent à bas prix pour se débarrasser de leurs crédits toxiques et restreignent le risque, c'est-à-dire les conditions d'accès au crédit à leurs clients. Voilà ce qu'on appelle la trappe à liquidités, connue de tous depuis un précédent japonais. Plus de crédits se ferment que de nouveaux ne s'ouvrent. Vous voilà prêts pour aborder le sujet de la création monétaire et cet article génial.



Le constat étant donné, quelles sont alors les solutions envisagées par Krugman ?
- la stimulation keynésienne de l'économie : l'Etat ne doit pas laisser aux banques commerciales la stimulation de l'économie mais s'en charger directement par le financement de travaux, l'embauche de personnels, avec pour seule question à se poser : chaque euro investi par l'Etat est-il au service de la relance économique ? Un euro prêté à une banque pour renflouer un prêt, ou laissé par une baisse d'impôts à un particulier fortuné, ne relance en rien l'économie, là où un travailleur modeste payé réinvestit l'intégralité de son salaire en consommation. Le concept de cette rentabilité d'investissement de l'Etat est celui du coefficient multiplicateur, cher à Stiglitz également.
- la relance de la réflexion sur la politique de la demande : la politique de l'offre est un désastre duquel il faudra bien qu'un jour nos responsables politiques et nombres d'économistes sortent. Sur le sujet, l'auteur fournit cette phrase culte :
"Le corpus d'idées creuses qui revendiquent le nom d'"économie de l'offre" est une doctrine fanatique qui aurait eu peu d'influence si elle n'avait pas fait appel aux préjugés des rédacteurs de presse et des gens fortunés. (...) Cette bonne vieille macroéconomie de  la demande a beaucoup à offrir dans la situation difficile où nous nous trouvons."
- l'inflation, limitée, mais permettant de décourager l'épargne et d'éviter toute trappe à liquidité,
- la régulation du secteur financier bancaire et non bancaire, inutile de justifier.


Ce livre fait du bien. Libéral, il ne remet pas en cause le concept de croissance ou la consommation qu'il faudra un jour dépasser. Il s'appuie et continue de louer le libre-échange et la mondialisation, il ne s'intéresse pas aux inégalités de revenus et aux exigences de justice sociale si prégnantes. Mais, non conformiste, sa grande qualité pédagogique permet une compréhension des politiques macro-économiques, donne une validité théorique à notre impression que ce monde marche sur la tête et prouve que, même dans le cadre libéral, l'austérité n'est pas une alternative sérieuse.

Bonne lecture.
A vos questions et à vos remarques. Cet article n'étant pas l'oeuvre d'un prix Nobel, quelques erreurs peuvent s'y glisser.

jeudi 28 juin 2012

TSCG : Le changement, c'est maintenant... ou jamais

L'austérité comme seul horizon ?
Et donc le Traité sur la Stabilisation, la Coordination et la Gouvernance comme remède. C'est la question fondamentale du sommet européen qui s'ouvre aujourd'hui et espérons que les Français comprennent à quel point les décisions prises sur ce sujet les prochains jours sont fondamentales.
Un nombre incalculable d'articles sur le sujet nous permettent en tout cas de nous faire une idée sur cd pack austérité/TSCG et il allait de soi sur ce blog d'en proposer une sélection.
De sorte qu'il nous soit possible dans un deuxième temps de discuter d'autres alternatives que d'un recours à un fédéralisme à marche forcée. En effet, nombre d'éditorialistes voient dans la crise actuelle la preuve d'une nécessaire plus grande intégration européenne. Permettons-nous d'en douter.


François Hollande a mis en avant la renégociation du Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance dans la campagne présidentielle. Rappel : ce texte est l'apologie législative de l'austérité. Il indique aux Etats de graver celle-ci dans le marbre de leur Constitution. Il constitue une aberration tant les contraintes sur les exercices budgétaires des Etats et la perte de souveraineté au profit d'institutions non démocratiquement élues et ouvertement néolibérales sont intolérables (démonstration dans le détail dans un précédent billet).
Mais renégociation y aura-t-il ?
Les assemblées françaises n'ont pas encore été consultées sur le sujet et donc la France n'a pas à ce jour ratifié le Traité.

Magali Pernin établit un état des lieux de l'avancée du texte dans les différents pays de l'Union et rappelle les engagements de F. Hollande sur le sujet.
Pernin, M., Des nouvelles du pacte budgétaire (TSCG) en Europe : l'heure des ratifications, Blog Contre la cour, juin 2012

Thomas Coutrot et Pierre Khalfa d'Attac et de la Fondation Copernic, dans une tribune au Monde, indique quant à eux que les mesures de croissance appelées "Pacte de croissance" ajoutées au Traité sous l'impulsion de F. Hollande sont un leurre et ne sont, en aucun cas, une mesure suffisante pour ratifier le traité.
Coutrot, T., Khalfa, P., La supercherie du pacte pour la croissance, Le Monde.fr, juin 2012

A titre d'exemple, Lior Chamla décortique les projects bonds, mesure de croissance trouvant un écho favorable auprès de F. Hollande et maintenant de l'Union européenne. Mesure positive de facilitation de crédits aux entreprises (sans doute les plus grandes ?), dans la continuité d'une politique de l'offre, mais qui ne résout en rien les problèmes de dette publique. Les Eurobonds, mesure de mutualisation de la dette sont renvoyées aux calendes... grecques. A noter l'éclairante présentation faite de l'effet de levier.
Chamla, L., Project Bonds : Qu'est-ce que c'est ?, Blog La théorie du tout, juin 2012


Ces articles renvoient une image de scepticisme ou de mise en garde au nouveau président Hollande. Certaines organisations syndicales ou politiques continuent quant à elles à exhorter ce dernier à s'opposer aux textes. La Confédération Européenne des Syndicats a affirmé son opposition. Le Front de Gauche relaie la lettre ouverte du secrétaire du PCF à François Hollande. Quatre dirigeants des Jeunes Socialistes Européens opposent leur refus tandis que le Parti Ouvrier Indépendant réunit 60 000 signatures dans une pétition contre sa ratification.


Des "crypto-communistes, des dinosaures indécrottables hostiles à tout changement" diront leurs plus terribles détracteurs les moins nuancés. D'autres, prenant plus ou moins de gants, avancent que "ce monde qui change" ouvre la voie au fédéralisme.
Bernard Ghetta, par exemple, en fait l'apologie sur France Inter depuis des dizaines d'années.
Jean Quatremer est un autre illustre partisan de la pensée fédéraliste, à tel point qu'il conclue d'un sondage médiocre - la question est excessivement générale - une poussée de l'envie fédéraliste chez les français et le déclin des eurosceptiques.
30% d'abstention, 30% de vote d'eurosceptiques, 25% de vote pour un Sarkozy au discours fâcheusement nationaliste et Hollande l'a emporté en faisant campagne sur sa défiance au Pacte budgétaire. Ces 4 tours d'élections ne pèsent-ils pas plus lourds que le sondage OpinionWay ?

Mais qui peut encore vouloir du fédéralisme ? Sérieusement ?
Le fonctionnement actuel de l'UE ne donne aucun gage à un futur fédéraliste démocratique et efficace.
On constate aujourd'hui un fonctionnement autoritaire par la commission européenne non élue et une main mise idéologique de l'Allemagne.
Le TSCG écrit noir sur blanc la perte de souveraineté des Etats.
La solidarité européenne est une fiction totale. L'opinion publique allemande impose l'austérité aux Grecs.

Cyran, O., L'effroi du ratraité allemand face à l'épouvantail grec, Le Monde Diplomatique, juillet 2012

David Cameron rigole de la volonté de François Hollande de taxer les hauts revenus et se propose d'accueillir les bras ouverts nos grandes fortunes. Solidarité ? Néolibéralisme remis en cause suscitant l'envie du dialogue fédéraliste ?
Le Parlement Allemand ne veut pas entendre parler de modifications du financement des Etats européens. 
Le bilan de la Commission Européenne est une apologie de la politique de l'offre et du néolibéralisme. 
Vers quoi nous emmènerait le fédéralisme ?

Les Europtimistes vous vendent le fait qu'une plus grande intégration politique permettra une plus grande représentativité des idées des citoyens au sein d'un Parlement européen plus fort. Le doute ne peut que rester entier tant et si bien que Serge Halimi conclut à un Fédéralisme à marche forcée.

Pourquoi ? Parce que le problème de base reste le même : puissions-nous avoir un parlement européen puissant et démocratique, l'enfermement idéologique de nos élites politiques européennes ne nous permet pas d'entrevoir d'autres sorties de crise !
Voilà pourquoi nous nous intéresserons aux leçons de Paul Krugman, prix Nobel, économiste néo-keynésien, tirées de l'analyse des crises précédentes dans notre dernier volet :
"Certains prétendent que nos problèmes économiques sont structurels et qu'il n'existe pas de problème miracle. Je pense, pour ma part que les seuls obstacles structurels importants à la prospérité du monde sont les doctrines obsolètes qui encombrent l'esprit des hommes"


Austérité : le changement, c'est maintenant... ou jamais

Il y a ces instants superbes où la justesse de l'analyse politique vous terrasse... Christian Jean-Pierre l'a fait.

Après que B. Lizarazu ait défini le match de football Allemagne - Grèce comme l'opposition entre "le bon et le mauvais élève de la zone euro", C. Jean-Pierre surenchérit pour reprendre un journal allemand et affirmer que les joueurs de la Mannschaft devaient traiter leurs homologues grecs comme Angela Merkel l'avait fait : "être sévère mais juste".
Christian Jean-Pierre n'a sans doute jamais lu notre billet sur la situation grecque, ni survolé l'article référence au titre un peu trop provocateur des oppositions grecques et allemandes :
Mais sait-il au moins que la justice version chancelière allemande impose une baisse du salaire minimum de 22% ? Juste cela.
Nous ne lui en voulons pas. Le monde économique et politique n'est pas simple comme un 4-4-2 et l'utilisation d'images caricaturales semble être l'essence même du journalisme sportif. Il est toutefois beaucoup plus inquiétant d'avoir toujours à faire face à cette image de la justice par l'austérité dans les discours politiques européens. Une petite revue de presse navrante nous le rappellera. Mais que le discours soit entendu et relayé est une chose, inscrire l'austérité dans les textes législatifs en est une autre et c'est bien de cela dont il va être rapidement question lors du vote du TSCG par la nouvelle assemblée.
Les socialistes sont plus que jamais face à leur slogan : le changement, c'est maintenant... ou jamais.


Le discours dominant est constitué d'un constat alarmiste "Nous n'avons plus les moyens" et d'une solution musclée : l'austérité. Faut-il encore l'illustrer ?
Dernier exemple en date, une interview de Jean Peyrelevade, (ancien président du Crédit Lyonnais, administrateur aujourd'hui de Bouygues et de nombreuses banques, naviguant politiquement entre le Modem et le PS) au titre évocateur dans Libération :
Etre de gauche, c'est réduire la dépense de manière juste, Libération.fr, juin 2012

Verbiage habituelle de la politique de l'offre (productivité, compétitivité, diminuer la pression fiscale sur les entreprises, fuite des ménages les plus riches) nous en reparlerons, puis une énorme ânerie :
"Quand je pense que l'intégralité ou presque de mes dépenses d'assurance-maladie sont couvertes par le système de protection sociale, est-ce nécessaire ?"
Il semble inquiétant que notre économiste n'est pas vu passer la baisse du niveau de remboursement ces dernières années ? Mais au-delà de ça, la santé est le secteur type de l'efficacité de la mutualisation des dépenses publiques. Jean Peyrelevade sait très bien que notre facture globale de santé est faible en pourcentage de PIB au regard d'autres pays où la part publique est faible et leur facture finale bien plus élevée. Il semble plaider pour un système de remboursement progressif au regard des revenus, comme Alain Minc il y a quelques temps. Fausse bonne idée rappelait alors Serge Halimi, dans son éditorial Contre l'équité.  (Pour en savoir plus, l'article Santé de notre Ecothèque idéale).

L'austérité comme seul horizon pour les peuples européens donc. Mesures radicales en Grèce sans résultat aucun (espérance de vie en baisse, PIB à -25% depuis 2008) ou expulsions de familles et baisses des budgets Santé, Ecole en Espagne.
Pourtant, José Manuel Barroso, président de la surpuissante Commission Européenne, ne changeait pas de cap la semaine dernière au G20 :
 "Les Grecs ont fait des efforts immenses en termes de consolidation budgétaire mais ils n'ont pas assez avancé en termes de réformes structurelles".
Cette phrase fait froid dans le dos. Quelles réformes structurelles ? Quand la Commission l'emploie au sujet de la France, cela signifie une libéralisation du marché du travail. En Grèce, le temps de travail est de 43 heures et le salaire minimum ramené à 586 euros.
"Les Grecs ont fait des efforts immenses en termes de consolidation budgétaire mais ils n'ont pas assez avancé en termes de réformes structurelles"

Source : http://www.euractiv.fr/g20-europeens-pression-article
Copyright © EurActiv.fr
"Les Grecs ont fait des efforts immenses en termes de consolidation budgétaire mais ils n'ont pas assez avancé en termes de réformes structurelles"

Source : http://www.euractiv.fr/g20-europeens-pression-article
Copyright © EurActiv.fr
"Les Grecs ont fait des efforts immenses en termes de consolidation budgétaire mais ils n'ont pas assez avancé en termes de réformes structurelles"

Source : http://www.euractiv.fr/g20-europeens-pression-article
Copyright © EurActiv.fr
"Les Grecs ont fait des efforts immenses en termes de consolidation budgétaire mais ils n'ont pas assez avancé en termes de réformes structurelles"

Source : http://www.euractiv.fr/g20-europeens-pression-article
Copyright © EurActiv.fr

Un article d'un blog du Monde cette semaine a voulu mettre en avant le côté inhumain de la solution. Merci.

Toutefois, les sauvetage des banques et des personnes ne peuvent être placés dans une telle opposition. Il fallait sauver les banques en 2007-2008 pour protéger les dépôts des citoyens. Mais il fallait surtout réformer le fonctionnement bancaire en profondeur pour ne pas nous retrouver dans la situation actuelle et donc ainsi :
- poser des séparations claires entre dépôts et spéculations
- arrêter le financement des Etats auprès des banques. 
Ce qui n'a pas été fait et nous a amené dans ce schéma débile :
les banques ont trop spéculé et n'ont plus de sous (2007),
... les Etats prêtent aux banques pour éviter leurs banqueroutes (2007-2008),
... les Etats n'ont alors plus de sous mais ne peuvent pas emprunter ailleurs qu'aux banques (article 123 du traité de Lisbonne) (depuis 2010),
... la BCE prête alors aux banques qui reprêtent aux Etats en prenant une large commission (2011-2012), puisqu'il n'y a plus que sur ce marché dit "obligataire" qu'elles peuvent se refaire !

Conclusion : nous marchons sur la tête. Mais le gouvernement espagnol marche sur la tête ET se la cogne contre les murs. A quoi cela sert-il de laisser se faire expulser des familles de maisons qui ne valent rien ?
Le désastre social s'accompagne d'un non sens économique. Paul Krugman et Joseph Stiglitz s'accordent à dire que lors des saisies de biens aux Etats-Unis, les banques ne récupèrent que 50% du montant du prêt. La décote du bien sur un marché en déconfiture, les frais de remise en état, les commissions de vente réduisent la restitution à peu de choses et donc alourdissent la dette bancaire. Rééchelonnement de la dette, législation pour abolir les modalités de prêts toxiques et moratoire sur les expulsions par le gouvernement espagnol auraient permis d'entretenir l'espoir.


Cette petite revue de presse doit nous laisser sur notre faim tant il est facile de percevoir en quoi l'austérité  n'arrangera rien, mais ne nous permet pas d'envisager les autres possibilités de sortie de la crise. Nous le ferons donc dans le prochain billet à partir de la lecture de Krugman justement.
Krugman, P., Pourquoi les crises reviennent toujours, août 2009

Les enseignements de Krugman sur ce gros mot de "macro-économie" sont plein d'intérêt pour comprendre que le vote du TSCG par l'assemblée relève bien de cette problématique : continuer dans la politique du désastre ou enfin percevoir l'obligation du changement. Pas sur que ce soit compris...



PS: Mona Chollet réalise une autre revue de presse montrant que l'austérité est trop souvent justifiée par une logique morale : le travail et le sacrifice nous permettront de nous redresser de nos fautes, et livre une analyse originale.
Chollet, M., Aux sources morales de l'austérité, Le Monde Diplomatique, mars 2012

mercredi 27 juin 2012

Voter sans avoir été pris pour un âne : 3 Analyses

Les quatre tours d'élections ont considérablement modifié la donne du législatif et de l'exécutif français et amène de nouvelles visions de l'électorat français.

3 articles d'analyse de ses scrutins méritent une bien plus grande attention que les "chiffres de Brice Teinturier" ou les avis des conseillers de David Pujadas.


Lordon, F., Front National : mêmes causes, mêmes effets, Blog La pompe à phynance, mai 2012
Frédéric Lordon recontextualise le haut score du Front National dans l'offre politique actuelle, le manque d'alternative et la succession des scrutins précédents.

Harribey, J.-M., A gauche, vote de classe modéré; à droite, vote de classe radical, Blogs Alternatives Economiques, juin 2012
Jean-Marie Harribey affirme, statistiques à l'appui, que "le choix de classe de droite est bien plus radical que le choix de classe de gauche. Cela se vérifie dans le domaine politique et aussi dans le domaine économique."


Halimi, S., L'audace ou l'enlisement, Elections présidentielles en France, Le Monde Diplomatique, avril 2012 
Et nous remettons ici l'article le plus abouti de la campagne, antérieur au vote, mais qui sonne toujours particulièrement juste au moment de la confrontation de François Hollande à ses partenaires européens sur sa modeste politique de croissance.


Bonne lecture.

mardi 26 juin 2012

Réponse argumentée à D. Seux sur les salaires enseignants

Dominique Seux est chroniqueur sur France Inter et rédacteur en chef des Echos. Il serait toutefois plus exact de parler à son encontre d'idéologue, tant son acharnement à défendre une politique de l'offre pour nos entreprises est sans limites. C'est son droit.
Comme tout idéologue libéral, son écoute peut gâcher une matinée à un tout partisan d'une gauche progressiste et sa précision dans le maniement des chiffres est extrêmement aléatoire. Gilles Raveaud, économiste, l'avait démontré suite à une chronique sur les écarts de richesse et d'ailleurs une contre-chronique devrait s'imposer chaque jour pour une plus grande neutralité sur le service public. Ce serait notre droit.
Mais ce matin, la chronique de France Inter a été consacrée à un sujet autre que les charges, le manque de compétitivité, la pression fiscale... Il était question du salaire des enseignants.

En voici la contre-chronique.
La démonstration de D. Seux tient en 3 points.
- Un proviseur d'un établissement scolaire a communiqué des salaires d'enseignants très élevés.
- Cet établissement est un établissement normal.
- Nous ne pouvons en tirer de conclusions sur les salaires des enseignants, mais cela nous pousse à réfléchir.
Il est intéressant de voir comme la chronique du blog est modifiée, marginalement, adoucie, par rapport à la chronique radio originale.

Sur le premier point, la véracité des faits n'est pas à remettre en cause et il est utile de donner quelques éléments de hiérarchie scolaire pour montrer que par contre, on ne peut parler d'établissement normal.
Le système de mutation des enseignants permet des disparités importantes dans la proportion d'agrégés dans l'effectif enseignant. Un grand lycée général et technologique est un établissement où la proportion d'enseignants agrégés est importante. Quelques enseignants, avec une expérience avancée, peuvent être promus agrégés hors classe et être rémunérés selon la grille de rémunération la plus haute du second degré.  L'auteur n'a pas donné la proportion de professeurs agrégés dans l'établissement, encore moins celle des agrégés HC. Les agrégés ne constituent que 18% des effectifs enseignants en collège, de 25% en lycée général et technologique. Mais dans certains établissements plus cossus, bénéficiant de formations d'enseignement supérieur (classes préparatoires, BTS...), la barre des 50% est bien souvent dépassée et les agrégés hors classe peuvent ne pas relever de l'exception. Nous pouvons penser qu'il s'agit de ce type d'établissement ici et non pas d'un lycée en zone semi-rurale ou en ZEP. Les agrégés ne représentent toutefois qu'un petit 10% des 850 000 enseignants français. Primaire et lycée professionnel compris. A échelon égal, leur rémunération de base est de 400 à 700 euros supérieurs à celles des enseignants certifiés pour un temps devant élève de 3h inférieur. A temps de travail égal, 3 heures supplémentaires rapportent 3*150 euros payés sur 9 mois. Des différences sensibles existent bien.
D. Seux semble faire une distinction entre primaire et premier degré. Il n'y en a pas. Le collège fait partie du second degré.

Les grands lycées ne sont pas des établissements normaux. Il est de notoriété publique, pas besoin d'aller chercher de clés USB que les enseignants de classes préparatoires, par exemple, par le jeu des "colles" ou "kholles", heures supplémentaires ou complémentaires peuvent gagner 4000 euros par mois. En enseignement supérieur, leur temps de cours est plus faible ce qui amène des facilités en heures supplémentaires, et surtout les colles touchent à la particularité de la rémunération des enseignants. Une colle est une heure d'évaluation devant un à deux élèves, peu de préparation, peu de correction, mais elle est payée comme tout autre heure d'enseignement. Productivité maximale.  
La rémunération à l'heure de cours est le problème majeur du traitement des enseignants. Tâches annexes peu ou pas rémunérées, temps de préparation et de correction, qualité d'enseignement ignorés.
Pour sortir enfin des sous-entendus sur le temps de travail qui serait peu éloigné du temps de cours, Dominique Seux aurait du citer cette étude de 2002 indiquant que le temps de travail enseignant moyen était de 39.5h dont 20h hors enseignement.
Les paies maximales, comme ces 9400 euros sur un mois, peuvent s'expliquer par les subtilités de paiement dans l'Education Nationale. Heures supplémentaires payées seulement à partir de novembre voire décembre, passage à l'échelon supérieur effectif 6 mois plus tard. Tout enseignant connaît dans l'année un mois de paie plus important.

   
Enfin, cela devrait nous pousser à réfléchir et à remettre en cause les idées reçues sur le salaire enseignant. Quelle blague ! Les salaires enseignants sont vérifiables à la virgule près par la moindre recherche Internet. Un minimum de déontologie aurait été de consulter ces fameuses grilles indiciaires pour les resituer sur la population enseignante. 
La référence retenue pour les enseignants est la suivante : il faut 10 ans d'ancienneté à un enseignant certifié ou un professeur des écoles pour gagner 2000 euros nets. Leur grille indiciaire est équivalente, seules les primes diffèrent au détriment du premier degré. A noter que ces dernières années ont vu l'apparition de nouveaux statuts comme celui d'enseignant en contrat à durée indéterminée, non fonctionnaire, doté de la même charge de travail pour lesquels 10 ans de carrière ne suffisent pas à dépasser les 1500 euros nets par mois.

Enfin les disparités de revenus ne cachent pas notre investissement global en éducation comparée à nos voisins. D. Seux étant le champion de la comparaison internationale, à l'Allemagne bien sûr, comparons en reprenant ici mot pour mot, Claude Lelièvre, historien de l'éducation:
Lelièvre, C., PISA: La France championne des résultats inégalitaires, Blog EducPros, Décembre 2010

"Selon les données de l’OCDE datant aussi de l’année 2006, la France se caractérise pour l’enseignement primaire par un coût salarial par élève (1625 dollars) nettement plus faible que dans la moyenne de l’OCDE: elle est en 25° position pour 30 pays. L’écart par rapport à cette moyenne (-637 $) s’explique par des facteurs de sens divergent : un salaire des enseignants plus faible (-256 $), un temps d’enseignement assuré par les enseignants plus élevé (-257 $), une taille des classes plus importante (-394 $), et, en sens inverse, un temps d’instruction des élèves plus long (+ 270 $)".
Nous noterons donc que les "instits" français sont moins bien payés, pour un temps devant les élèves plus long et des effectifs par classe plus importants. En 2006 ! L'Education Nationale compte 79 000 enseignants en moins depuis.
Au collège, le coût salarial par élève en France (2392 dollars) reste inférieur à la moyenne de 526 dollars : la France se situe en 22° position. Le temps d'enseignement moindre compense l'écart de salaire. Un autre lien pour aller plus loin dans les comparaisons de  salaires enseignants. 
Au final, nous obtenons des résultats dignes du 25ème rang de l'OCDE pour un investissement proche du 25ème rang. Avec une particularité, une inégalité devant l'école énorme entre classes sociales couronnée par une avant-dernière place à ce sujet.



En conclusion, les salaires enseignants ne sont que peu en rapport avec leurs compétences réelles, leur temps de travail et une énorme disparité les caractérise. Cela ne vous rappelle rien ? Si, toute entreprise répondant à une logique de marché dont Dominique Seux nous parle chaque matin. Espérons qu'il mette dorénavant la même ardeur à défendre la justice salariale dans l'entreprise.
Voilà quelques éléments de réponse à cette chronique qui a fait beaucoup parler aujourd'hui et que nombre d'enseignants auront pris comme une énième provocation.
Pour aller plus loin, un état des lieux sur l'Etat de notre école avait été mis en ligne sur ce blog lors de la campagne présidentielle. La dernière partie de ce billet en est extraite.

samedi 5 mai 2012

Voter sans être pris pour un âne 4 : Le coût du travail

Le travail  restera sans doute comme le sujet clivant de cette campagne présidentielle ; le sujet phare face auquel chacun doit choisir son camp. Libération propose une illustration intéressante et presque drôle de nos divisions sur la valeur Travail.

Nicolas Sarkozy a ainsi mis au cœur de sa rhétorique, pas de son action, la valeur travail (cf papier précédent) et a dévoilé son programme sur la notion de coût du travail dans cette phrase lumineuse :
"En France, le salaire n'est pas trop haut, il est trop bas. Augmenter les salaires et diminuer le coût du travail : voilà le défi immense des cinq années qui viennent."

Le président-candidat se fait donc défenseur de l'idée que le salaire individuel est limité par le poids du collectif, de l'Etat. La meilleure réponse au président a été donnée il y a quelques semaines par... Philippe Poutou dans des Paroles et des Actes dans un dialogue avec ce très cher Lenglet.
"M. Lenglet, il ne s'agit pas de charges mais de cotisations salariales ou patronales. C'est du salaire, du salaire différé."
Après avoir relayé cela, le risque de se faire traiter de communiste est important donc justifions-nous très rapidement par les chiffres pour défendre l'idée que le coût du travail n'est pas du tout le problème dans la comparaison entre économies développées.


Les écarts sont-ils importants entre pays développés ?
Le coût du travail en France est légèrement supérieur à l'Allemagne mais ne se trouve pas mal placé dans la comparaison à ses voisins européens.
Ensuite, dans la comparaison avec l'Allemagne, le coût horaire est corrigé par la productivité. La meilleure productivité des salariés français compense l'écart horaire. Enfin, les 35h ne sont que peu responsables de l'évolution de ce coût. C'est Philippe Poutou qui le dit ? Non c'est l'INSEE.
Benz, S., Coût du travail : l'INSEE fait de la désintox, Site L'Expansion, février 2012 
De plus, ces faibles écarts ne sont pas la cause principale du choix ou du refus d'un investisseur de s'installer en  France, 2ème pays pour les investissements étrangers en Europe. Et surtout, tous nos emplois ne sont pas exposés à la concurrence internationale. De nombreux emplois sont non délocalisables.
Godard, A., Meilleurs Voeux... pour un débat moins simpliste sur l'emploi, Site Alternatives Economiques, Blogs, janvier 2012.
Et enfin, de récentes études ont montré la faible corrélation entre le coût du travail et les exportations d'une économie. Un pays à faible coût du travail n'exporte pas forcément plus que ces concurrents moins "compétitifs". Les baisses de coût du travail dans certains pays sont purement des choix politiques voire idéologiques. Certains pays choisissant politiquement de baisser le coût du travail dans des ecteurs d'emplois non délocalisables.
Raveaud, G., Scoop : l'Espagne est aussi compétitive que l'Allemagne, Site Alternatives Economiques, Blogs, août 2012.
Voilà pour la base.


Maintenant, où va l'argent de nos charges ?
Arrêtons là tout net, le mythe d'un Etat dilapidant l'argent, les cotisations sont redistribuées aux citoyens ! 
Les cotisations correspondent à la part mutualisée de nos dépenses et celle-ci est importante. Le revenu moyen avant impôt est de 2800 euros par adulte et près de la moitié, 49%, est prélevée en cotisations sociales (1300 euros). Une partie est reversée directement par ce qu'on appelle les transferts sociaux en espèces : allocations diverses, prime pour l'emploi diront les libéraux ou les adversaires de l'assistanat mais la part la plus importante est bien constituée par les retraites, dont le versement est bien sûr différé mais qui ne sont pas redistributives (les salariés ayant le plus cotisé reçoivent des retraites plus importantes). Soit 600 euros en moyenne par couple. Puis vient les transferts sociaux en nature : l'éducation et la santé principalement mais aussi la sécurité, les transports... Soit 700 euros par français !
Landais, C., Piketty, T., Suez, E., Pour une révolution fiscale, janvier 2011.

Evidemment, ces allocations étant réorientés entre citoyens en fonction des revenus ou des cotisations, elles participent à la réduction des inégalités sociales. Les 20% les plus riches touchent 42% des revenus bruts et les 20% les plus pauvres 5%. Après redistribution sociale, leurs parts respectives passent à 36% et 11%. Mais par exemple, pour les transferts sociaux en espèces, les 20% les plus riches touchent 14 120 euros contre 5320 pour les plus pauvres; les retraites sont l'explication.
Ramaux, C., Eloge de la dépense publique, in Les Economistes Atterrés, Changer d'économie, janvier 2012.
Notons que les cotisations patronales sont des prélèvements sur la marge des actionnaires, sur des revenus de citoyens. Une entreprise étant fiscalement neutre. L'actionnariat étranger et l'évasion fiscale sont un biais à la démonstration, nous y reviendrons.


Mais ces cotisations sont-elles "trop élevées" en raison de "dépenses publiques trop élevées" en comparaison à nos voisins ?
Timbeau, X., Dépenses publiques en France : en fait-on trop ? Site de l'OFCE, mars 2012.

La France consacre une part de son PIB pour sa dépense publique stricte équivalente à celle de ses voisins européens, 18% et celle-ci est en récession depuis 20 ans. 10ème place de l'OCDE, moins dépensière que les Etats-Unis ou l'Italie. Surprise, non ? 
Pour la part plutôt faible de l'éducation, nous en avions déjà parlé dans un précédent billet.
Pour la dépense publique par transferts sociaux assurantiels, santé et retraite principalement, la France fait partie des Etats les plus dépensiers. Pourquoi ? Notre particularité française est que nous mutualisons nos frais de santé et notre système de retraite et cette mutualisation est le fait de l'Etat principalement.
 "L'Etat ??!! C'est terrible !!" Et bien non, et cela il faudra le répéter encore des dizaines de fois.
Nous consacrons par cette mutualisation une part moins importante de notre richesse (PIB) aux frais de santé que nos voisins. Le financement de la santé publique par la Sécu coûte moins cher aux Français qu'un financement privé ou par des mutuelles d'entreprises. Les frais d'administration représentent 20% des dépenses des mutuelles contre 5% à la Sécu.
Bulard M., Comment fonctionnent les systèmes de santé dans le monde, Le Monde Diplomatique, Février 2010.

Mais alors comment comprendre les politiques que nos dirigeants veulent mettre en place ?
La logique de nos dirigeants néolibéraux est de penser que la moins-disance fiscale et sociale ou les signes donnés aux investisseurs dans ce sens attireront les entreprises. Cette mise en concurrence de nos économies, soi-disant solidaires au sein de l'UE, amène à une modération salariale globale dont l'Allemagne est le premier défenseur. Logique singulière qui amène G. Schröder, chancelier allemand d'un pays comptant 18% de pauvres, à se féliciter devant le Forum de Davos en 2005 : "Nous avons créé l'un des meilleurs secteurs à bas salaire en Europe". De nombreux syndicats ont joué le jeu au nom du maintien de l'emploi mais se sentent aujourd'hui bernés; la part des salaires dans la richesse créée par l'entreprise n'a cessé de régresser et les gains de productivité sont allés à la rémunération du capital.
Dufresne, A., Le Consensus de Berlin, Le Monde Diplomatique, février 2012.

Tant que la part des profits dans la valeur ajoutée n'est pas limitée, cette logique néolibérale ne fait que dévaloriser le travail  au profit du capital. Mais F. Lordon va plus loin en affirmant que le souci n'est pas vraiment, ou pas que, ces 5 à 10% de revenus soient passés du travail au profit.
Lordon, F., Le paradoxe de la part salariale, Blog La pompe à Phynance, février 2009  

En effet, le profit du petit capital, des petits entrepreneurs, est lui aussi faible; celui des sous-traitants également, de sorte que l'écrasante majorité qui se déchire sur le thème du travail ne perçoit pas qu'une infime minorité profite du capitalisme actuel. Seul le haut de la pyramide maximise ses gains, ce qui nous renvoie aux travaux de Piketty et ses 1% les plus riches. Notre capitalisme définit cette distribution inégale des revenus par sa composante actionnariale (la recherche maximale du profit par l'actionnaire) et par sa composante concurrentielle (la concurrence forcément faussée entre travailleurs, entreprises, fiscalité de pays différents). Et pour cela, il s'appuie sur des structures jamais remises en cause politiquement: la libre circulation des capitaux, la non-limitation des rendements du capital, la contre-révolution fiscale, le libre-échange...

En conclusion, augmenter les salaires ne peut se faire par la diminution du coût du travail mais uniquement par la remise en cause de ces structures qui servent une logique d'aspiration de la richesse par une minorité.
Et à plus forte raison, s'opposer sur la valeur travail est une erreur, remettre en cause le coût du travail est un leurre et nous arrivons à une situation d'un cynisme absolu où les défenseurs de la valeur travail ont mis en place les structures de sa dévalorisation.


Vous êtes écœurés ? Ou vous vous dîtes que ces altermondialistes sont juste des communistes maniant bien les chiffres ? Vous restez persuadés comme X. Bertrand qu' "à l'avenir, il va falloir travailler plus !" ?  Très bien, alors une dernière référence s'impose. 
Certaines directives européennes permettent une baisse substantielle du coût du travail, par l'appel à une main d'oeuvre étrangère, employée d'une société de travail intérimaire étrangère payant les cotisations sociales dans le pays d'origine. Et ça, bizarrement, dans une campagne où la peur de l'étranger a dominé, nous n'en avons que peu entendu parler.